Ces dernières années, le prix des voitures neuves a augmenté à un rythme record. Et cette tendance n’est pas près de s’arrêter. Selon François Provost, PDG de Renault, cela n’est pas uniquement dû à l’électrification ou à l’inflation. Selon lui, l’Europe porte une responsabilité écrasante, car un flot incessant d’obligations ne cesse de faire grimper les prix. L’Europe est en train d’étouffer l’industrie automobile. Il plaide pour que toutes les réglementations automobiles – qui sont de toute façon déjà plus strictes qu’ailleurs – soient gelées au cours des dix prochaines années. Car le coût lié à ces ingérences dépasse l’imagination…
‘Nos ingénieurs ne construisent presque plus de voitures’’
M. Provost brosse un tableau ahurissant. D’ici 2030, 107 nouvelles réglementations européennes sont prévues, dont certaines n’ont même pas encore été élaborées… Parmi celles-ci figurent notamment des règles plus strictes en matière d’émissions et de sécurité, des passeports obligatoires pour les batteries, la cybersécurité, des exigences logicielles, des rapports sur le développement durable et de nouvelles prescriptions d’homologation. Conséquence ? Un quart du temps de travail des ingénieurs de Renault est aujourd’hui consacré au respect de la réglementation.
« Nos ingénieurs doivent faire face à un véritable tsunami de réglementations européennes », déclare-t-il. Selon le dirigeant de Renault, ils auraient bien mieux à faire, comme consacrer ce temps à la conception de voitures moins chères et de meilleure qualité.
Chaque nouvelle réglementation se répercute sur votre facture
Provost ne plaide pas en faveur d’une baisse de la sécurité ou d’un assouplissement des normes environnementales. Il souhaite simplement que l’Europe cesse d’imposer de nouvelles obligations pendant dix ans. Son raisonnement est simple : chaque obligation supplémentaire nécessite de nouveaux logiciels, des travaux de développement, des capteurs, des tests et des homologations. Tout cela coûte de l’argent. Et au final, c’est l’acheteur qui paie la facture, même si sa voiture contient de plus en plus de matériaux bon marché.
Les petites voitures, en particulier, deviennent ainsi de plus en plus difficiles à rentabiliser – c’est pourquoi de nombreux modèles ont déjà disparu. L’Europe réclame notamment des voitures électriques abordables, mais selon Renault, elle rend en même temps leur construction impossible…
Concurrence chinoise
Le patron de Renault voit également un désavantage concurrentiel. Alors que les marques chinoises mobilisent pleinement leurs ressources pour développer rapidement et à moindre coût de nouveaux modèles, les constructeurs européens doivent consacrer de plus en plus de moyens pour se conformer aux nouvelles réglementations.
Selon M. Provost, une pause réglementaire redonnerait enfin à l'industrie la marge de manœuvre nécessaire pour se concentrer sur ce que le consommateur souhaite vraiment : des voitures abordables.