Volkswagen prépare l'une des plus importantes restructurations de son histoire. D'ici 2030, jusqu'à 50.000 emplois pourraient disparaître en Allemagne. Ce chiffre s'ajoute aux plans précédents, qui prévoyaient déjà la suppression d'environ 35.000 emplois. Au total, ce sont donc plus de 85.000 emplois qui seront supprimés dans le plus grand secteur industriel d'Europe.
Volkswagen affirme pouvoir s'en sortir sans licenciements forcés, en misant sur les départs naturels et les plans de départ volontaire. Cela ne change rien à la réalité : il s'agit d'une intervention d'une ampleur historique dans un secteur qui est en déclin depuis des années déjà, avec des conséquences économiques dramatiques. La fermeture de l'usine Audi à Forest a clairement montré que ces conséquences se ressentent également fortement dans notre pays.
Que se passe-t-il ?
Volkswagen se trouve dans une impasse, car les règles du jeu ont radicalement changé. Ironiquement, c’est l’entreprise elle-même qui, avec le ‘dieselgate’ – dans le cadre duquel elle a commis une fraude à grande échelle pour obtenir des chiffres d’émissions plus bas pour ses véhicules diesel –, est à l’origine de la tempête qui secoue le secteur depuis des années.
Les bénéfices sont sous pression, les marges se réduisent et les coûts explosent en raison de l'électrification. Parallèlement, Volkswagen perd du terrain en Chine, où les marques locales sont devenues plus rapides, moins chères et souvent même plus avancées sur le plan technologique.
Ce qui joue toutefois un rôle prépondérant ici, c'est que les constructeurs européens ont été contraints de se plier à un carcan sans équivalent au niveau mondial. Le Green Deal européen et la réglementation qui l'accompagne ont contraint le secteur à évoluer à un rythme effréné vers une transition entièrement électrique, sans que la demande du marché ou la réalité économique ne suivent toujours ce rythme. Il en résulte une industrie qui doit à la fois investir dans un avenir coûteux et voir ses revenus actuels s'éroder. Les conséquences pour l'économie européenne sont dramatiques.
Ne comptez pas sur des voitures de meilleure qualité
Les conséquences de ces mesures d'économie ne se limiteront pas au lieu de travail. Elles se répercuteront sur les produits. Moins d'emplois signifie moins de marge de manœuvre en matière de développement, moins de différenciation et plus de standardisation. Volkswagen misera encore davantage sur les plateformes communes, proposera moins de variantes et renforcera le contrôle des coûts. Aujourd'hui, une Volkswagen n’offre pas forcément la qualité à laquelle s'attendent de nombreux clients fidèles. Mais les économies vont encore s'accentuer. Que ce soit sur les matériaux utilisés, la finition, le développement (voir les nombreuses mises à jour logicielles) ou même la réparabilité. Dans tous les cas, c'est le consommateur qui y perd.
Les architectes restent à l'écart
Ce qui se joue actuellement chez Volkswagen constitue depuis longtemps un cas loin d’être isolé. Pratiquement toutes les marques ont déjà annoncé des suppressions d’emplois. Il s’agit là du symptôme d’une érosion plus large de l’industrie européenne. Alors que des dizaines de milliers d’emplois industriels disparaissent et que des chaînes de valeur entières se retrouvent sous pression, les architectes du Green Deal, eux, restent à l’abri des critiques.